Archives pour la catégorie Wikipédia

Blanchisserie de la Maison Blanche - Harris & Ewing (Domaine public)

Wikipedia, Commons, et le blanchiment de licences par Flickr

Aujourd’hui, en page d’accueil de Wikipedia je vois une photographie ayant, à mon avis, une « licence blanchie ». Du coup, je me suis dit que cela valait certainement le coup de faire un billet de blog expliquant en quoi consiste le blanchiment de licences.

Le blanchiment de licences par Flickr (ou Flickr washing) consiste à faire croire qu’une image non libre est libre car elle a été publiée sur Flickr sous une licence libre à tort, et à l’importer sous Commons avec la caution image libre sur Flickr. Il faut bien l’avouer que, si c’est bien fait, cela peut-être difficile à détecter On pourrait se dire que ce n’est pas aux commonistes de s’en occuper, mais cela est à mon avis leur rôle que Commons soit le plus clean possible (on ne pourra pas faire la perfection) et ainsi limiter les risques pour les réutilisateurs, souvent les wikipédiens.

Dans le cas que je présente, on a importé sur Commons trois photos provenant d’un compte Flickr d’une fan de Michael Schumacher qui regroupe des photos de presse et autres de son champion et les mets sous licences libres. Malheureusement les images ne sont pas devenues libres, elles ont donc été supprimées de Commons. Il est très probable que cette fan soit de bonne foi totale et n’ait absolument pas conscience de mal faire.

Exemple de Flickr Washing

La photo de Schumacher sur Wikipédia était probablement une image blanchie

C’est aussi pourquoi les wikipédiens peuvent faire des tests simples tels que: si une photo est de très bonne qualité et publiée sans donnée EXIF, il peut être intéressant d’examiner les contributions de la personne qui a uploadé l’image et de redoubler d’attentivement si elle vient de Flickr. Dans ce dernier cas il faut certainement examiner d’un peu plus près les photos du compte Flickr d’origine pour se faire une idée.

De la neutralité pour les wikimédiens

Amis wikipédiens, vous reprendrez bien une couche de neutralité ?

Le 18 janvier la Wikipédia anglophone s’est transformée en tract politique (LittleTony87). La communauté s’est donc engagée [1], dans un acte non neutre (Pierrot le chroniqueur) et même politique de black-out de la version anglophone. Pendant ce temps là, la communauté francophone trolle joyeusement sur Twitter ou sur le bistro du coin pour ou contre le black-out: « non c’est pas neutre », « mais on s’en fout de ta neutralité », « oui mais moi je suis engagé », « c’est ainsi que meurt la neutralité du net », « et les principes fondateurs », « dans ton cul les PF quand on a plus de liberté » …

Dégageons d’entrée l’argument qui n’a pas sa place dans notre débat communautaire, la neutralité du réseau (la neutralité du net), cela ne nous concerne pas directement (même si sa violation nous touche), elle concerne le filtrage du réseau par le pouvoir et/ou les lobbies.

Remettons les choses au clair. Premièrement, écrire sur Wikipédia est un acte d’engagement dans un projet hors du commun (qui ne devrait pas marcher, mais qui marche très bien), je veux dire une encyclopédie dont le contenu est libre et  cherche à respecter la neutralité de point de vue, et qui est écrite par tous. Ce sont trois grands principes (il y en a d’autres) mais ceux là ne sont vraiment pas neutres, c’est un engagement [1] pour une encyclopédie différente de celle que l’on trouve en librairies. Et c’est ça que défend Léna dans son billet Neutralité et encyclopédisme. Personnellement, j’avoue avoir du mal à comprendre comment on peut passer à coté de cela en contribuant à Wikipédia.

Et alors? Au final la communauté francophone ne fera rien, personnellement j’étais pas spécialement chaud car la communauté francophone n’a pas pris le temps d’y réfléchir. J’aime pas trop les lois liberticides et j’ai bien compris que cette lois n’était pas là pour aider la liberté d’expression (les implications finales pour les projets Wikimedia, j’ai pas encore tout saisi), pour cela j’étais assez partisan du bandeau mis sur Wikimedia Commons.

Pourquoi? Simplement parce que Commons est spécial, il n’y a pas de neutralité sur ce projet : une image est loin d’être neutre (composition, exposition, balance des couleurs, instant pris en photo, etc.) comme nous le rappelle si bien Léna sur ce blog dans Retouche pas à ma photo. En bref, Commons a une mission: c’est un dépôt libre (domaine public ou licence libre) de médias pédagogique [2]. Si la loi entrave cette mission (en rendant inaccessible d’autre site pouvant héberger du contenu libre), il me paraît logique que la communauté y réagisse de façon proportionnée : on a commencé par un bandeau, et c’est très bien.

Billet connexe
Ludo, Wikipedia Off-line 

[1] Référence évidente à la présentation de Serein lors de la conférence TEDx de Toulouse
[2] Je n’ai pas trouvé de bonne traduction d’educational.

Retouche pas à ma photo !

J’ai vu passer à plusieurs reprises l’idée qu’il ne fallait pas que les photographies utilisées sur Wikipédia soient « retouchées » et qu’il fallait absolument privilégier les photographies « naturelles », couplée avec l’idée qu’une photographie naturelle est « vraie » tandis qu’une photographie « retouchée » est « non-neutre », « trop travaillée », « artificielle ». Je pense que cette idée vient d’une méconnaissance profonde de ce qu’est la photographie et du double sens que prend le mot « retouche ».

Tout est point de vue

Il est absolument impossible de faire une photographie « neutre ». Prenez par exemple une photo du profil d’une personne : si son regard est tourné vers la droite[1], on aura l’impression qu’elle est « tournée vers l’avenir ». Cela vient du fait que, en Occident, on lise le texte de la gauche vers la droite. A l’inverse, un profil regardant à gauche sera tourné vers le passé. Sans compter l’espace vide laissé pour le regard : beaucoup, un « champ de possibilité » s’étend ; peu, « l’horizon est bouché ». On pourrait multiplier les exemples à l’infini (plongée ou contre-plongée, portrait serré, à l’Américaine…).

L’œil, un appareil photo (presque) comme un autre

L’œil humain a une certaine perception des couleurs et des angles : il n’est pas évident que ces « réglages » soient les meilleurs pour percevoir la réalité : les photographies en-dehors du spectre visible sont aussi une représentation de la réalité, qui nous est juste plus difficilement accessible.
L’œil humain est très bon (par rapport à un appareil photographique) dans un domaine : il s’adapte très bien à une faible luminosité. Je ne sais pas si c’est grâce à la persistance rétinienne, au travail du cerveau ou à ses propriétés optiques propres, mais il est très fréquent qu’un humain perçoive de manière confortable une scène et qu’un appareil photo ne prenne qu’une image très sombre : en augmenter la luminosité revient donc à se ramener à une perception humaine.

S’il y a en revanche une différence entre l’humain et l’appareil photo, c’est qu’un humain a deux yeux[2] alors qu’un appareil photo n’a qu’une entrée de lumière. Cela signifie, entre autres, que l’humain perçoit naturellement en 3D[3] alors que l’appareil-photo ne perçoit qu’en 2D. Il est donc nécessaire de donner l’information de profondeur par un autre moyen, à avoir la maîtrise de la profondeur de champ, avec le sujet net se dégageant d’un fond flou.

Hyper-réalité

Lorsqu’on prend un objet ou une œuvre en photo, cherchons-nous à transmettre à quoi ressemblait cet objet sous un éclairage donné, ou à quoi cet objet ressemblerait s’il était placé en « lumière naturelle », c’est-à-dire au soleil ?

Autre question : cherche-t-on à transmettre l’émotion, l’impression qu’un bâtiment donne quand on le contemple, c’est-à-dire en bougeant et en ayant une vision 3D, ou ce qu’il est possible de capter avec un appareil photo à un point donné ? Quand on enlève des arbres, falsifions-nous la réalité ou rendons-nous le bâtiment plus visible et donc plus facilement communicable ?

[1]Category:People facing right and looking right
[2]Ce blog atteint des niveaux de scientificité jamais égalés
[3]Sauf la moitié des auteurs de ce blog ;)

Illustrations aux grands angles

Aujourd’hui je me balladais sur Wikipedia pour lire sur les fouilles de la villa romaine de Chiragan. J’arrive à la section des bustes et portraits d’empereurs romains que j’ai eu l’occasion de prendre en photos lors de l’exposition l’Image et le Pouvoir du musée Saint-Raymond. Je constate avec effroi que les photos sont prises de près et au grand angle.

Pour résumer une photo au grand angle et de près entraîne une image déformée de façon « sphérique », moins qu’avec un Fish-eye mais:

  • Les lignes seront fortement déformées
  • Le centre de l’image élargi, effet « gros pif »
Portraits avant au grand angle

Portraits avant au grand angle

Conseil : Au lieu de prendre la photo de près (et donc au grand angle), si on en a la possibilité il vaut mieux reculer et utiliser le zoom optique que l’on a pour serrer la photo sur la pièce que l’on souhaite : la vraie contrainte est alors en fait le recul maximum que l’on peut prendre dans le musée.

Portraits après (longue focale)

Portraits après (longue focale)

Pour finir, le grand angle permet quand même des prises de vues magnifiques et ce même dans les musées, mais il faut bien être conscient des déformations qu’il peut entraîner et jouer avec: par exemple la photo çi-dessous du plafond de la rotonde de Mars.

Plafond de la rotonde de mars du Louvre au 18mm

Plafond de la rotonde de mars du Louvre au 18mm

Suggestion de lecture: