Archives pour la catégorie Photographie

De minimis

En l’absence de liberté de panorama, la justice française a, dans sa sagesse, prévu des exceptions pour que le monopole d’exploitation des architectes et autres artistes ne soit pas trop insupportable; notamment, le de minimis ou théorie de l’accessoire : pour simplifier, s’il y a un bout d’oeuvre soumise à la propriété intellectuelle dans une photographie plus large, et que ce bout est inévitable. Comme toujours, il y a une page Commons qui en parle en détail et Jastrow qui en a fait un excellent billet.

Exemple de de minimis : les sculptures sont accessoires par rapport à la vue générale du château de Lunéville.
Caroline Léna Becker, CC-by

Sauf que, des fois, les contributeurs de Commons invoquent cette exception pour totalement autre chose, c’est-à-dire pour contourner l’absence de liberté de panorama. On se retrouve avec l’invocation du de minimis pour ce genre de photo :

Sculpture moderne dans la cours du château de Lunéville

Non mais c’est totalement de minimis, je voulais prendre le château, mais il y avait cette scultpure devant, et j’ai pas pu faire un mètre sur le côté. En plus le focus est sur la sculpture et mon image s’appelle « sculpture devant le château » mais ce que je voulais prendre c’est le château !
Caroline Léna Becker, CC-by. (Cette photo est totalement illégale et tue des bébés chatons, veuillez vous dénoncer à l’Hadopi pour l’avoir regardée)

Et là, l’admin Commons que je suis a un gros gros envie de facepalm. Ce qui est surtout désagréable, c’est d’avoir l’impression que la communauté des contributeurs se fout ouvertement du travail des admins, vu comme des empêcheurs de photographier en rond (enfin plutôt en 3/2). Pourtant, dans les faits, les admins aussi voudraient avoir la liberté de panorama; mais, en attendant, nous pensons juste que la position légaliste de Commons (ie, qu’il faut scrupuleusement respecter le droit d’auteur, même quand il nous semble totalement illégitime et contre-productif) doit être respectée.

Timoci Matanavu (contre Castres le 10 mars 2012)

Bilan de l’année des photos de Rugby

En quelques chiffres

  • 16 matchs photographiés: 13 matchs de Top 14 (12 à domicile sur 13, 1 à l’extérieur), 3 matchs de H-Cup (poule à domicile), 4 entrainements
  • 2 images remarquables sur Commons, 1 sur Wikipedia (en), plus de 30 images de qualités
  • Des photographies très réutilisées en-dehors des projets

En quelques mots

Avec Léna, on trouvait qu’il y avait très peu d’illustrations pour les joueurs et équipes de rugby à XV sur Wikipédia. Généralement, nous allions chercher, avec le projet rugby à XV, des photos uniquement pour illustrer des AdQ et BA : nous devions longuement expliquer à des contributeurs sur Flickr que nous serions ravis d’utiliser leurs photographies pour Wikipédia.

Comme Ludo29 et Inisheer avaient des accréditations pour photographier du football et du hockey en Suisse, nous avons eu envie de les imiter. Manque de chance, le règlement de la LNR nous empêche d’obtenir a priori des accréditations (puisqu’elles nécessitent une carte de presse), nous nous sommes donc rabattus sur les photographies depuis les tribunes.

Au bout d’une saison régulière, nous avons réussi à dégager de grandes règles. La première, c’est qu’il faut absolument du matériel performant pour faire de la photographie de sport, surtout pour les matchs qui ne se déroulent pas de 14h à 16h lors d’une journée ensoleillée. La seconde, c’est qu’on ne peut vraiment pas prévoir à l’avance les réutilisations qui seront faites de nos photos, du coup c’est bien d’en faire beaucoup. On peut citer le site d’actualité Toulouse7, mais aussi de nombreux (sky)blogs français ou britanniques, et même un joueur du Stade toulousain reprenant une photo de Léna comme avatar Twitter !

Pendant l’été, nous irons sans doute photographier d’autres sports et nous avons mis en place, au sein du groupe des Wikimédiens de Toulouse, un suivi des évènements sportifs auxquels assister. En espérant avoir de nombreuses photographies où le ballon ne serait pas flou :)

En quelques images

Première QI : portrait de Nicolas Bézy

Première QI : portrait de Nicolas Bézy

Première image remarquable de rugby à XV sur Commons (cette photo est une image remarquable sur la version anglophone de Wikipedia)

Dernière photo du Stade toulousain ayant reçu le sceau vert des images de qualité

Reflet de la tour Eiffel dans une flaque d'eau

Photographie de nuit: ce que l’on sait sur l’éclairage de la tour Eiffel

Régulièrement, quand on parle de droit d’auteur des architectes on en arrive à la question de l’éclairage et en particulier l’éclairage de la tour Eiffel.

Petit rappel, la tour Eiffel est une tour en fer construite à Paris en 1889 par Gustave Eiffel (et plein de petites mains) dans le cadre de l’exposition universelle de 1889. En tant qu’œuvre architecturale, elle s’élève dans le domaine public au 1e janvier suivant l’anniversaire des 70 ans de la mort de son architecte Stephen Sauvestre: c’est à dire le 1e janvier 1990. C’est d’ailleurs ce que l’on peut lire sur le site de la tour Eiffel quand on cherche à savoir si on peut faire des photos de la tour Eiffel :

« La tour Eiffel construite en 1889 est dans le domaine public. Les vues de jour de la tour Eiffel sont libres de droits. »

La tour Eiffel – CC-BY-SA/GFDL Tristan Nitot

Tout de suite après avoir précisé que ceci n’était valable que de jour, le site de précise que:

« En revanche ses différents éclairages sont soumis à des droits d’auteurs et des droits de marque. Toute utilisation de ces images doit faire l’objet d’une demande préalable auprès de la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel (SETE). »

La tour Eiffel de nuit – CC-BY-SA Joshua Veitch-Michaelis

Il faut prendre ce genre d’information avec des pincettes, car la page en question manque cruellement de rigueur[1]. La SETE (ou l’agence de comm qui a fait le site) y mélange allègrement plein de choses :

  • Le droit à l’image, a priori ce n’est pas le sujet, cela concerne la protection de la vie privée des personnes mais pas celle des bâtiments.
  • Le droit des marques, a priori cela ne concerne toujours pas les photographies, car les photographes n’utilisent pas la « La Tour Eiffel » sur leurs photos (si cela peut rassurer la SETE sur l’intention des photographes).
  • Le droit d’auteur, c’est cela qui nous intéresse pour la publication de photographies.

Un utilisateur de Wikimedia Commons curieux a été posé la question récemment[2], voici la réponse (en anglais) qu’il a reçue :

« In reply to your request, we are pleased to send to you a piece of information about the copyrights registered by our society. The lighted image of the Eiffel Tower is registered in France at the “INPI” under the number 1379547 from March 26th 1996,the Eiffel Tower twinkling, No. 03/3229520, renewed on 6 June 2003. The name “La Tour Eiffel” is registered in France at the “INPI” under the number 1310358 from February 14th 1995, The « Tour Eiffel phare » vignette, No. 99803691, since 20 July 1999. The lighted image of the Eiffel Tower in red has been registered at the “INPI” under the number 3269666 from January 2004. So, they cannot be reproduced without our authorization. In your project to show your images of the Eiffel Tower by night, with or without sparkling lights on your private website the copyright to mentioned will be “SETE – illuminations Pierre Bideau”. »

La SETE nous informe de l’enregistrement auprès de l’INPI (office de dépôts de brevets, marques, dessins) de droits d’auteur (« copyrights ») avec les numéros d’enregistrements correspondant.

  • n° 1379547 l’image de la tour Eiffel éclairée
  • n° 03/322952 la tour Eiffel scintillante renouvelé en juin 2003 (NdR: ah le droit d’auteur se renouvelle, je le savais pour les brevets mais pas pour le droit d’auteur)
  • n°1310358 la tour Eiffel en rouge
  • n°99803691 la vignette/tableau le « Phare de la tour Eiffel » (NdR: si quelqu’un sait ce que c’est ?)

C’est assez étonnant, car le droit d’auteur existe du fait de la création de l’œuvre et non parce qu’il est enregistré. A l’INPI, on enregistre des marques, des brevets, etc.[3]. Là encore, les photographes pourraient répondre qu’ils ne comptent pas enfreindre les brevets de la SETE car ils ne souhaitent pas reproduire leur système très complexe d’éclairage pour le mettre sur l’arbre de Noël de leur village, mais qu’ils désirent simplement prendre une photo.

Dernier point crucial, la jurisprudence:

L’arrêté de la cour de cassation du 3 mars 1992 reconnaît le droit d’auteur des créateurs du spectacle sonore et visuel La mode en images de 1989. Pour faire simple, ce n’est pas l’éclairage standard de la tour Eiffel, mais le jeu de lumière et d’effet créé pour l’occasion qui est reconnu par la cour de cassation.

En résumé

  • La tour Eiffel est dans le domaine public.
  • La marque « La Tour Eiffel » appartient à la SETE.
  • La SETE a déposé à l’INPI l’éclairage, l’éclairage en rouge, et le phare : mais sous quelle forme ? des brevets ? des dessins ? J’avoue que j’aimerais bien voir de quoi il en retourne, mais j’ai du mal à trouver. Par contre j’ai l’impression que c’est plus de la priorité industrielle que de propriété intellectuelle, et que cela ne devrait pas entraver la publication de photographie.
  • Un spectacle de son et lumière (avec des animations de lumières) mettant en scène la tour Eiffel a été reconnu comme ouvrant des droits d’auteur
  • On ne sait pas ce qu’un juge dira de l’éclairage (hors spectacle) de la tour Eiffel (à moins que j’ai manqué une décision importante d’une cour de cassation)

Pour la petite histoire, dans un premier temps sur Wikimedia Commons, toutes ces photos étaient proposées à la suppression (hors cas de De minimis), depuis novembre 2011, elles ont toutes été restaurées.

Bref, à chacun de faire comme il le souhaite, mais je pense qu’il ne faut pas se laisser impressionner par une série de brevets ou marques car ce n’est pas la question.

[1] pour reprendre l’expression usuelle des professeurs de mathématiques
[2] j’ai aussi envoyé un e-mail en français, sans réponse pour le moment
[3] etc.: des dessins

Crédit photo (en-tête): Reflet de la tour Eiffel dans une flaque d’eau, Luc Viatour / www.Lucnix.be (CC-BY-SA 3.0)

Retouche pas à ma photo !

J’ai vu passer à plusieurs reprises l’idée qu’il ne fallait pas que les photographies utilisées sur Wikipédia soient « retouchées » et qu’il fallait absolument privilégier les photographies « naturelles », couplée avec l’idée qu’une photographie naturelle est « vraie » tandis qu’une photographie « retouchée » est « non-neutre », « trop travaillée », « artificielle ». Je pense que cette idée vient d’une méconnaissance profonde de ce qu’est la photographie et du double sens que prend le mot « retouche ».

Tout est point de vue

Il est absolument impossible de faire une photographie « neutre ». Prenez par exemple une photo du profil d’une personne : si son regard est tourné vers la droite[1], on aura l’impression qu’elle est « tournée vers l’avenir ». Cela vient du fait que, en Occident, on lise le texte de la gauche vers la droite. A l’inverse, un profil regardant à gauche sera tourné vers le passé. Sans compter l’espace vide laissé pour le regard : beaucoup, un « champ de possibilité » s’étend ; peu, « l’horizon est bouché ». On pourrait multiplier les exemples à l’infini (plongée ou contre-plongée, portrait serré, à l’Américaine…).

L’œil, un appareil photo (presque) comme un autre

L’œil humain a une certaine perception des couleurs et des angles : il n’est pas évident que ces « réglages » soient les meilleurs pour percevoir la réalité : les photographies en-dehors du spectre visible sont aussi une représentation de la réalité, qui nous est juste plus difficilement accessible.
L’œil humain est très bon (par rapport à un appareil photographique) dans un domaine : il s’adapte très bien à une faible luminosité. Je ne sais pas si c’est grâce à la persistance rétinienne, au travail du cerveau ou à ses propriétés optiques propres, mais il est très fréquent qu’un humain perçoive de manière confortable une scène et qu’un appareil photo ne prenne qu’une image très sombre : en augmenter la luminosité revient donc à se ramener à une perception humaine.

S’il y a en revanche une différence entre l’humain et l’appareil photo, c’est qu’un humain a deux yeux[2] alors qu’un appareil photo n’a qu’une entrée de lumière. Cela signifie, entre autres, que l’humain perçoit naturellement en 3D[3] alors que l’appareil-photo ne perçoit qu’en 2D. Il est donc nécessaire de donner l’information de profondeur par un autre moyen, à avoir la maîtrise de la profondeur de champ, avec le sujet net se dégageant d’un fond flou.

Hyper-réalité

Lorsqu’on prend un objet ou une œuvre en photo, cherchons-nous à transmettre à quoi ressemblait cet objet sous un éclairage donné, ou à quoi cet objet ressemblerait s’il était placé en « lumière naturelle », c’est-à-dire au soleil ?

Autre question : cherche-t-on à transmettre l’émotion, l’impression qu’un bâtiment donne quand on le contemple, c’est-à-dire en bougeant et en ayant une vision 3D, ou ce qu’il est possible de capter avec un appareil photo à un point donné ? Quand on enlève des arbres, falsifions-nous la réalité ou rendons-nous le bâtiment plus visible et donc plus facilement communicable ?

[1]Category:People facing right and looking right
[2]Ce blog atteint des niveaux de scientificité jamais égalés
[3]Sauf la moitié des auteurs de ce blog ;)